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Le blog du Lycée de Coubanao

Une réaction anonyme à « Une lettre pas comme les autres »

17 Mars 2011 , Rédigé par Lycée de Coubanao.over-blog.com

M. Bâ, Professeur de Français

 

Une réaction anonyme à « Une lettre pas comme les autres »

 

Monsieur,         

               J’ai lu et relu votre « lettre » qui m’a été adressée parce que tout simplement, elle est destinée à tout un chacun. Bien qu’une lettre soit souvent personnelle, celle-ci est universelle.

               Je ne puis dire avoir eu les mêmes sentiments que le destinateur, mais, croyez-moi, cette lettre m’a poussé à réfléchir, et, sur bien des sentiments et concepts.

Vous avez intitulé votre texte « Une lettre pas comme les autres ». Vous connaissez la fonction d’une lettre. Toute lettre naît d’une absence. Que cette absence soit volontaire ou non, elle est concurremment la source de la correspondance et sa condition de possibilité. En somme, la lettre rappelle le besoin de l’autre. Elle demeure néanmoins un discours solitaire quoique dans l’instant « éphémère » de sa composition et de sa lecture, elle abolisse et concrétise la séparation.

               Votre lettre n’est « pas comme les autres ». Elle reste gravée dans la mémoire de son lecteur. .Elle n’est « pas comme les autres » par le sujet que relate le texte: un cœur blessé qui rend hommage à d’autres cœurs non moins compatissants. Votre génie c’est à la fois de pleurer et de communier, de souffrir et d’être expansif. Aviez-vous été expansif parce que sentant votre douleur partagée ?

               Sûrement, vous avez su, comme le dit si bien Michel de MONTAIGNE, dans ses  Essais que « Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition ». Ou, peut être ce sont les mots de Victor HUGO à l’entame de ses  Contemplations qui vous trottaient par la tête : « Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une.» Toujours est-il que vous avez su votre douleur partagée. Et, ému par tant d’élans de générosités, mû par un sentiment d’expansion, vous avez laissé éclater votre cœur trop plein… Pour vous d’abord, je ne vous apprends pas que l’écriture fonctionne comme une catharsis. Pour les autres ensuite, parce qu’il vous fallait « remercier ».   Aviez-vous su que le corridor humain sublime Pape SONKO ? Est-ce qui vous a poussé à prendre la plume ?

               Tout compte fait, vous aviez su, M.  SONKO, de « votre alcôve de recueillement » avoir une  vision panoramique  et embrasser l’ensemble du paysage qui va de Belfort à «  la terre des ancêtres » de Coubanao passant par Air, Terre et Mer. Mais aussi, mais surtout devrais-je dire vous aviez su coller un nom aux visages. Vous vous êtes souvenu quoique la douleur dût altérer votre vision. Tout porte à le croire. Et peut-être c’est ce qui explique le glissement entre la volonté «  Je voudrais vous citer nommément » et l’acte  « Je vous nomme » qui, tous les deux  sont les anaphores qui vous sont chères.

               Le sage africain, que vous êtes, dira que le nom est indissociable au renom. Le nom est un récit ; le récit d’une aventure, d’une histoire. Ainsi, en nommant, vous magnifiez, vous éternisez. Edgar FAURE, alors Secrétaire Perpétuel de l’Académie Française, disait, le 22 Mars 1984 lorsqu’il accueillait Léopold Sédar SENGHOR dans l’antre des Immortels « Nomina, numina (…) Le nom se décline et se déclame. On le psalmodie et on le chante. Il doit sonner comme le sarong, rutiler comme le sable ».Sur ce, lorsque vous dites «  Je voudrais vous citer nommément, on est sûr que vous finirez par dire «  Je vous nomme ».

               Vous n’aviez pas voulu nommer parce que, dans le deuil, la souffrance altère la vision, parce que les gestes étaient naturels, sans calcul aucun. Mais, vous avez finalement nommé parce que satisfait de tant de sollicitude, parce que comblé par tant de diligence de personnes dont vous ignoriez même les noms. Les rencontreriez-vous quoique vous eussiez émis le vœu ? « Je voudrais vous serrer la main ». A défaut de ce contact charnel qui aurait pu véhiculer votre chaleur fraternelle, vous nommez. Ainsi comprend-on que « Je vous nomme » fonctionne, dans votre poème, comme un leitmotiv. Vous avez, sur ce, pu les « remercier toutes et tous » et cela, ab imo pectore, « du fond du cœur ».

               Et, le plus beau  c’est que vous avez pu extérioriser vos sentiments avec un style bien à vous, un style de poète accompli. N’est-ce pas que les choses les plus profondes, les plus pures, les mots les plus beaux ne sortent du cœur tant qu’une situation émouvante les appelle.

               Je ne vous apprendrais rien en vous disant que beaucoup de poètes ont clamé, avec arrogance, que certains mots, qu’ils jugent roturiers, ne pourraient et ne sauraient être poétiques. Ils se dédiront et écriront autre en vous lisant. Vous avez réussi à sublimer, à poétiser  la ville de Mulhouse, l’aéroport de Roissy, la Tour Eiffel, la Métropole, les USA, Air France, les Services du Consulat Général, le Ministère des Affaires Etrangères et même le Commissariat des Parcelles Assainies…

               Avec vous, j’ai compris que la poésie n’est pas dans le choix des mots, mais dans l’utilisation et la charge sémantique que nous donnons à ces mots. Un commissariat, par exemple, n’est-il pas pour rappeler que l’homme peut être ignoble ? En quoi un poète pourrait- il le convoquer dans son lexique ? Qui vous lirait pourrait y répondre ! Qui vous lirait serait édifié !

             Je voudrais terminer si vous permettez par là où vous avez achevé votre lettre : le mystère qui entoure la vie après la mort. Je signalerai, avant, que vous avez terminé votre lettre comme vous l’aviez introduit : « Les marches d’escalier par delà l’Atlantique ». Un titre plein de symboles. J’ai compris votre titre par, d’abord, la disposition typographique de votre texte. Les strophes sont disposées comme des « marches d’escalier » mais « pas comme les autres ». En somme, elles ressemblent davantage à des dédales : on y avance, stagne et recule à la fois. En plus de cette disposition peu singulière, les escaliers sont encore d’inégale longueur. Comment pourrait-on y progresser tranquillement ?  C’est comme si vous titubiez. D’ailleurs, vous dites que« le trajet était long (…) pénible ». Je crois avoir compris que vous aviez souffert en attendant Pape. Que vous vous étiez inquiété. Que peut –être même, à un instant, vous avez perdu tout espoir. Et que, n’eût été que vous étiez Antée, l’Atlantique vous cachera votre Pape.

             Elle est mystérieuse la mort, disais-je .Que pourriez-vous pour ce Pape que vous désiriez tant revoir ? Que vous reste t-il de votre Pape ? Pauca Meae  pourrait-on dire !  Quoique, enfin arrivé, Pape sera confié à un espace qui favorise le repos et la détente, quoiqu’il soit sous la surveillance tutélaire des Ancêtres, on ne sera jamais édifié sur son sommeil. D’ailleurs, à ce niveau, vos deux derniers vers sont sans équivoque par l’alliance de mots que vous convoquez : « silence et vacarme » ; « jour et nuit ».

             J’ose croire que c’est nous qui sommes dans le vacarme, vivons dans le noir. J’ose croire, j’ose espérer que les « 114 sourates » « lu (es) et relu (es) trois fois » serviront d’éternel viatique à Pape. J’ose croire, encore, qu’un fils qui a la bénédiction de son père sera bien accueilli au ciel. J’ose croire, enfin, que « les prières des Kalounayes » ne sauraient être vaines.

             Et d’ailleurs, je demeure convaincu que la vanité d’une existence n’est pas dans sa longueur mais celle d’une tombe au- dessus de laquelle ne s’élève aucune prière. Nos prières continueront à accompagner Pape…

              Monsieur Lamine Kebba SONKO, voilà une réaction anodine d’un jeune qui voit en vous un repère sûr dans un monde où tous les « repères » sont branlants, évanescents.

              Mon rêve, c’est de pouvoir, un jour, tenir entre mes mains un recueil de poèmes au frontispice duquel on verra votre sublime nom…, pour me ressourcer, et le partager  avec tous ceux qui aiment la poésie de la sagesse…

 

                                                       Ahmadou M. BA                                                                             Professeur de Lettres Modernes au Lycée de Coubanao

 

 

"UNE  LETTRE PAS COMME LES AUTRES"

 

 

LES MARCHES D’ESCALIER PAR-DELA L’ATLANTIQUE

 

Par-delà l’Atlantique mon salut amical et fraternel ;

Les populations tambourinant mon cœur coincé ;

Les voix de vie et lancinantes sublimant vos actes ;

Les actes et symboles qui ont momifié

La tragédie du Territoire de Belfort,

Dans l’après-midi du Dimanche 20 juillet 2008.

Et toutes les heures, les unes après les autres,

Qui ont servi de corridor et de tapis rouge

A la sourate qui consacre le triomphe de la justice

Dans la manifestation de son ascension

Et de sa destinée à la rencontre du Ciel.

Et toute la vague de prières accompagnant son cercueil,

De la ville de Mulhouse à l’Aéroport Roissy.

Et toute la douleur agitant les Kalounayes

Sous la Tour Eiffel et les immeubles de France ;

La rampe des saisons sous la rigueur de l’Europe.

 

                       Par-delà l’Atlantique, mon salut amical et fraternel.

                       Par-delà l’atlantique, recevez les prières des Kalounayes ;

                       Recevez-les comme un encens d’hivernage,

                       Un parfum des fleurs du baobab et du fromager…

 

Le trajet était long : étaient longues et pénibles

Les nombreuses et fastidieuses démarches

Dans l’inextricable réseau de la métropole ;

L’univers téléphonique tractant le crime.

Je voudrais vous remercier toutes et tous,

En ces moments de projection et de rêves brisés.

 

                       Je voudrais vous serrer la main : vous des USA.

                       Vous mes frères et sœurs de France et de Suisse ;

                       Vous mes frères et sœurs d’Espagne et d’Italie.

                       Vous d’ailleurs dans la tourmente d’une mort prématurée.

 

Je voudrais vous citer nommément,

Et vous renvoyer par le premier vol d’Air France,

Le paquet des 114 sourates du coran

Déposé sur le cercueil de Pape El Hadji SONKO

 

                       Je voudrais vous citer nommément :

                       « Diamorra » de France la France de la Marseillaise

                       Vous de Paris, de Mulhouse et de Belfort ;

                       Vous animateurs de la marche anonyme

                       Dans les artères de la ville de Belfort ;

Et vous : Imam, parents et fidèles attroupés :

Le trilogue souffrant du 20 juillet 2008.

 

Vous Autorités de la Préfecture du Territoire  de Belfort,

Des Pompes funèbres des Trois Fontaines.

Vous de France, de Suisse et d’Espagne…

Laissez-moi vous remercier pour vos prières

Votre généreux élan et vos regards compatissants,

Vos actes tout de solidarité et d’amour.

 

                       Je vous nomme : vous du Consulat Général ;

                       Et vous Madame Nafissatou DIOP et vos services.

                       Je vous nomme pour la particularité de l’implication

                       Dans l’établissement du processus de rapatriement

                       De Pape SONKO victime d’une abominable agression.

                       Je vous nomme : Seydou, Bacary, Bara et Abdou

                       Je vous nomme : Sidya, Moussa, Djibril et Djidjigha

                       Le « Kalounaye Diamora » de France et de la diaspora ;

                       Le Docteur Ibrahima, la CAAP et la Fondation ;

                       Et tout le service routier de Belfort à l’aéroport.

 

Le voyage était long : par voie terrestre,

Par-delà l’Atlantique et la Méditerrané,

Dans une parfaite harmonie avec les étoiles…

 

                        Une foule de parents et d’amis acceuillit

                        Pape à l’Aéroport Léopold Sédar SENGHOR de Dakar.

                        Dans la foule, sa mère, ses sœurs et ses frères.

                        Il y avait Djibril et les membres de la section Tito TAMBA

                        Oustaz Fily SANE et le Député Oumar SANE.

 

Laissez-moi vous remercier toutes et tous,

Du fond du cœur : Hamady NDAO, Malick et Matar ;

Modou DIEME et Famille DIANKO et Lamine,

Le Ministère des Affaires Etrangères du Sénégal,

Le Commissariat des Parcelles Assainies de Dakar

Et toutes celles et tous ceux qui ont dit des prières

Au passage du corbillard le long de la « Transgambienne ». 

 

                          Dans la maison de Pape El Hadji SONKO,

                           Les dahiras de Coubalan et de Ouonck

                           S’étaient donnés rendez-vous pour la lecture du Couran.

                           Tout le Coran lu et relu trois fois.

                            Les Kalounayes taciturnes mais énigmatiques

                            Avaient convergé vers Koubanao

                            Pour accompagner Pape dans sa dernière demeure,

                            Au milieu des lianes entrelacées,

                            A l’ombre des arbres géants.

                            Pape dormira là, sur la terre des Ancêtres,

                            Entouré du silence et du vacarme

                            Des êtres du jour et de la nuit.

 

Lamine Kébba SONKO                               Koubanao, le 23 septembre 2008

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Lamine 31/03/2011 04:28



beau texte frangin. Nous aussi revons de voir ton nom sur la couverture d'un roman


 



Lycée de Coubanao.over-blog.com 31/03/2011 11:29



M. Lamine, si nous pouvons vous appeler ainsi, vous avez parfaitement. Votre frangin en est capable mais il lui manque cette décision de le faire. Continuez  à lui parler et éspérons qu'un
jour nous aurons à lire un de ses romans. J'ai vu certains de ses poèmes c'est des merveilles.


Amicalement vôtre.



kassoumay 17/03/2011 21:42



Ouah !  je ne retiendrai que cela : " Mon rêve, c’est de pouvoir, un jour, tenir entre mes mains un recueil de poèmes au
frontispice duquel on verra votre sublime nom…, pour me ressourcer, et le partager  avec tous ceux qui aiment la poésie de la sagesse…


 


Mais ici en France, ce soir ....difficile de penser à autre chose  que cette guerre que nous allons faire contre et avec le
peuple de libye....nos politiques en décident ! .....


Amitiés


Nicole



Lycée de Coubanao.over-blog.com 17/03/2011 22:24



Merci Nicole et à toute l'équipe de Kassoumay, eh oui dommage et c'est très dur, comme si les hommes ne voulaient pas vivre en paix !!!