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Le blog du Lycée de Coubanao

Une ‘‘Américaine’’ centenaire à Hathioune dans les Kalounayes

4 Novembre 2010 , Rédigé par Lycée de Coubanao.over-blog.com

 

 

Awa Badiane 'Amérec Sagna'

 

 

Il est 18h. Le soleil achève sa dernière course pour aller mourir à l’Occident.  Les femmes s’empressent pour aller au puits. D’autres sont autour du moulin, tandis que les hommes reviennent des champs avec des sacs d’arachide. La vie s’emble s’animer et c'est en ces dernières heures de la journée à Hathioune que nous arrivons.

La grande artère de ce village riverain de Coubanao nous accueille à bras ouverts. Mais on bifurqua vers la droite, escaladant les crevasses occasionnées par les eaux ruisselantes de la saison hivernale finissante, histoire d’éviter les nombreux ‘ka sumey’ ou ‘saafulen’ qui risquent de nous retarder. On jette le regard au dessus de la tête. Une ligne de courant traverse quelques concessions pour aller mourir dans l’unique et ancien poste de télécentre du village. La SENELEC n’est pas encore passée par là, un mal que les villageois prennent en patience.

 

Amérec avec Insa Tamba, intrepreteAmérec et son petit fils Ismaïla Sané (1)

 

 

 

‘Amusow’, certains élèves nous interpellent-ils, surpris de notre visite. Il faut presser le pas et courir contre la montre. Après plusieurs raccourcis, nous sommes chez Amérec Sagna, une centenaire dans les Kalounayes.

Elle nous relate, par le biais de notre traducteur Insa Tamba, sa vie et les secrets de sa longévité.  Entretien !!!

 

Le blog : kasumey

Amérec : kasumey kep !

Le blog : Comment vous appelez-vous ?

Amérec : Je m’appelle Awa Badiane, mais aussi Améréc Sagna.

Le blog : Mais comment êtes-vous passée de Awa Badiane à Améréc Sagna ?

Amérec : Quand j’étais en procession, j’avais perdu cinq enfants à bas âge. Et dans notre culture, on vous donne un surnom, une manière de conjurer le mal et de se protéger contre cette perte d’enfants.

 

Awa Badiane 'Amérec Sagna' (2)

 

Le blog : Vous avez à peu près quel âge ?

Amérec : Eh,  eh, eh !!! Je ne me souviens guère. Moi, j’ai grandi à Coubanao, mais parmi ceux de ma génération, il n’y en a personne en vie. Je suis la seule vivante de ma génération dans le village.

(Notre traducteur nous fait savoir qu’elle dépasse la centaine d’années, car parmi les vieux de sa génération dont elle parle, il y en a qui sont décédés il y a de cela 20 ou 30 ans).

Le blog : Est-ce que vous avez une pièce d’identité ?

Amérec : Bien sûr, mais je ne sais plus là où je l’ai mise dans la chambre. Je vais essayer de la retrouver pour vous l’envoyer.

Le blog : Maman, est-ce que vous étiez une fois allée en voyage hors du village comme par exemple à Dakar ?

Amérec : Oui, je me suis une fois rendue à Dakar. Je ne me souviens plus du prix du transport. D’ailleurs, on m’avait obligé d’y aller, car je ne voulais pas partir du tout (rires !).

Le blog : Nous savons que vous avez passé une partie de votre vie à Coubanao, mais comment avez-vous vécu votre enfance, vos activités ? C’est peut-être grâce à ce mode de vie que vous maintenez votre santé aujourd’hui.

Amérec : Je ne le sais, seul Dieu le sait. Jadis, mes rizières pouvaient battre des champs en superficie. Je parvenais à les cultiver entièrement. On partait aussi chercher du bois de chauffage pour la cuisine au fleuve (le Fleuve Casamance situé à 3 ou 4 kilomètres des maisons). On portait le bois sur la tête du fleuve à la maison. On mangeait beaucoup les fruits des palétuviers qu’on faisait cuire. Il y a aussi le néré. C’est sûrement cela qui a dû prolonger ma vie. Mais pour tout, c’est grâce à Dieu.

Le blog : Vous avez perdu beaucoup d’enfants, mais combien vous en reste-t-il en vie aujourd’hui ?

Amérec : Présentement, il ne me reste que cinq enfants, un garçon et quatre filles. Le garçon (un vieux notable du village) est d’ailleurs parti au moulin.

Le bolg : Combien d’années voulez-vous vivre encore ? Quarante, vingt ?

Amrérec : Pour moi, le seul souhait, c’est que ces enfants (ses enfants) puissent vivre aussi longtemps que moi. Pour moi, c’est presque fini. On ne sait jamais. Je vous souhaite aussi longue vie et du succès dans vos entreprises, vous qui avez eu l’amabilité de venir  me rendre visite aujourd’hui.

 

 

 

 

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