Vendredi 26 novembre 5 26 /11 /Nov 19:58

KOUBANAO

PREMIERE PARTIE : CADRE THEORIQUE ET

METHODOLOGIQUE

Chapitre 1 : Le cadre théorique

     Section 1 : La problématique

1-    Etat de la question

En Afrique en général et particulièrement au Sénégal, les sociétés traditionnelles vivaient avec une grande cohésion sociale parce qu’il y avait un grand respect des règles établies. Donc ces sociétés traditionnelles étaient marquées par une solidarité très importante. C’était la primauté du social sur toute autre activité. Les liens sociaux avaient alors une place importante dans ces sociétés et dominaient les relations entre individus, entre communautés entre sociétés … .

 

            Ainsi, dans les écrits sur les liens sociaux, sa définition et ses implications sont fonction de l’orientation qu’en donne chaque chercheur. Ce qui veut dire que cette question du lien social a interpellé beaucoup d’auteurs qui en ont donné chacun son point de vue.

 

            C’est alors que des théories ont été élaborées pour pouvoir cerner cette notion du lien social. En effet il existe trois (3) grands regards portés sur celui-ci :

    - le premier est celui de la contrainte. Il a été théorisé pour la première fois par Thomas HOBBES. Pour ce dernier, l’homme étant un loup pour l’homme, seul un Etat Léviathan peut expliquer à long terme que les hommes acceptent de vivre ensemble. Ainsi, l’ordre et le lien social s’appuient sur le pouvoir, les lois et les règlements et sur la force des institutions qui encadrent l’individu. En retour, cette contrainte assure la protection et l’assistance à tous.

    - Pour les adeptes du contrat social (ROUSSEAU, John LOCKE, etc.), le lien social résulte d’un contrat passé entre les individus ou les groupes. Du coup, les gens entrent en société par un accord d’échange fondé sur les intérêts des contractants.

    - Enfin, les théoriciens de la socialisation pour leur part, fondent le lien social sur la socialisation primaire, la culture, les normes, les habitudes et coutumes, les relations de sociabilité, les conventions. En effet, pour ces derniers, l’être humain est un animal social fait pour vivre en société.

 

            Ces trois (3) regards, il faut le dire, ne nous édifient que sur les fondements du lien social. Or pour bien cerner cette notion, tous les contours de celle-ci doivent être visités.

 

            C’est dans ce sens que André AKOUN nous dit que : « les liens sociaux sont des formes de relation qui lient l’individu à des groupes sociaux et à la société, qui leur permettent de se socialiser, de s’intégrer à la société et d’en tirer des éléments de son identité»[1]. Il ressort de cette définition que le lien social se voit à travers les « rites d’interactions » (GOFFMAN, E, 1974, Les rites d’interactions, Paris, ed. Minuit) qui régulent les relations interpersonnelles et établissent les codes permettant la proximité entre les individus. Donc, cette définition traite de la nature même du lien social. Un autre aborde dans le même sens qu’André AKOUN. C’est en occurrence Dominique MEDA. Pour lui :

 

« Le lien social, c’est ce qui fonde la coappartenance des individus à un  même espace social, ce qui fait qu’ils sont tous membres d’une même société, donc que tout à la fois ils acquiescent à l’ensemble des règles qui régissent celle la et qu’ils agissent perpétuellement pour adapter ce lien conformément au type de société qu’ils voudraient »[2].

 

 Cette définition, selon Mouhamadou THIAM[3] dans le cadre de son mémoire de maîtrise met l’accent sur trois (3) caractéristiques essentielles du lien social. C’est d’abord la vie commune qui se matérialise par des interactions sociales, des rapports sociaux d’échange, des relations de réciprocité … au sein d’une même société. La seconde caractéristique qui se présente de cette définition est liée à l’intégration des individus, leur acceptation ou reconnaissance des règles, normes et valeurs en vigueur dans leur société. Et enfin le caractère élastique et évolutif de ce lien. Parlant toujours de la nature du lien social, Sophia MAPPA nous donne une définition de Farrugia qui fait remarquer qu’ :

 

« Il convient de comprendre le lien social comme ce qui maintient, entretient une solidarité entre les membres d’une même communauté, comme ce qui permet la vie en commun, comme ce qui lutte en permanence contre les forces de dissolution toujours à l’œuvre dans une communauté humaine »[4] .

 

 De cette citation nous pouvons dire que ce lien c’est ce qui permet aux individus de vivre en harmonie et de faire face aux forces de dissolution pour ainsi reprendre les mots de la citation. Cette définition traite également de la nature du lien social. Oumar FAYE abonde dans le même sens dans son mémoire de maîtrise. Il donne une approche de ce lien qui va dans la même mouvance que ses trois prédécesseurs. Autrement dit une approche qui traite aussi de la nature du lien social. Ainsi, pour lui « le lien social c’est l’ensemble des règles de vie en commun que des hommes appartenant à un même espace social, mettent en place afin de rendre leur existence moins conflictuelle »[5] . Ici, la nature du lien se base sur le compromis et la concertation. Il va plus loin pour dire que ces règles établies concourent à la régulation sociale. Enfin, pour ce qui est de Pierre Célestin SAMBA, étudiant la nature du lien social le définit comme :

 

« La relation harmonieuse qui lie les individus à des groupes sociaux et partant à la société et qui découle d’une acceptation collective de vivre dans l’entraide et la solidarité malgré les différents façons  de voir, de penser, d’agir et malgré les intérêts spécifiques »[6]  

 

            De ce que ces auteurs nous ont montré sur la nature du lien social, nous pouvons retenir qu’elle se caractérise sur la vie en commun marquée par des règles qui ont été établies par la base de compromis et d’une acceptation.

 

            Cependant, dans leurs travaux, ces auteurs ont fait abstraction de la problématique actuelle autour de ce lien. Problématique qui s’est imposée avec l’avènement de la modernisation et surtout de la monétarisation. En réalité, avec la modernisation et la monétarisation nous assistons à une problématisation du lien qui se manifeste par une crise de celui-ci. De ce fait, parlant de cette crise, Antonio CUNHA[7] fait voir que le lien est caractérisé par une fragilisation très nette. En effet, pour lui, le lien social est en crise, et la croissance des inégalités, la crise des croyances dans l’égalité des chances, le désajustement entre aspirations individuelles et les moyens de les satisfaire, violence contre soi ou contre les autres, effondrement des valeurs collectives constituent les causes de cette crise. Et celle-ci se manifeste par une « détraditionnalisation » des sociétés. Le travail de Antonio CUNHA vise à mieux faire remarquer le problème que le lien social est confronté. Dans la même mouvance, Achille WEINBERG[8] nous informe sur le fait que la crise de celui-ci se mesure en fonction de la capacité de chaque sphère d’intégration à exclure les individus. Il renchérit pour dire qu’il existe trois (3) grandes sphères d’intégration : le travail, l’Etat et la famille. Ainsi, la crise s’explique par les manquements de ces sphères d’intégration.

 

            En outre, dans leurs études A. CUNHA et A. WEINBERG n’ont pas tenu en compte la situation actuelle du lien social. Ils se sont limités qu’à la crise. La situation actuelle se remarque par une nouvelle forme de lien social. En effet, avec cette crise, les populations tentent de trouver des solutions à celle-ci par la recomposition et la consolidation de ces liens sociaux. C’est alors que nous allons reprendre la définition de Dominique MEDA qui écrit :

 

« Le lien social c’est ce qui fonde la coappartenance des individus à  un même espace social, ce qui fait qu’ils sont tous membres d’une même société, donc que tout à la fois ils acquiescent à l’ensemble des règles qui régissent celle la et qu’ils agissent perpétuellement pour adapter ce lien conformément au type de société qu’ils voudraient »[9].

 

Cette définition, comme tantôt indiqué, met l’accent sur trois (3) caractéristiques essentielles. C’est la vie en commun, l’intégration des individus et le caractère élastique et évolutif du lien social. Ici c’est la troisième caractéristique qui attire notre attention. D’autre part nous pouvons dire avec Mouhamadou THIAM qu’il est loin d’être statique, figé mais plutôt en constante adaptation ou refondation mais aussi recomposition pour nous en ce qui concerne cette étude. Donc les populations fondent le lien en fonction de leur type de société. Jean Philippe PEEMANS[10] appuie en disant que :

 

 

« Le lien social n’est pas une survivance du passé. Il s’est sans cesse réinventé et modifié au cour des générations. La spécificité du lien social en Afrique est d’être toujours marquée par une contextualisation dans un milieu de vie au niveau d’une micro société structuré par un ensemble de réseaux de relation, de coopération, de dépendance clientéliste et de réciprocité. Cela n’exclut nullement la compétition ou la concurrence entre les individus, mais leur assigne des limites informelles qui sont celles de l’acceptation ou du rejet par un groupe donné ».

 

            De cette citation, nous retenons que le lien social ne met pas en rade les aspirations individuelles ou personnelles qui sont à l’origine de la compétition, de la concurrence. Mais plutôt trace des limites pour ne pas que les conflits y prennent forme.

 

            Quant à Moses FINZI[11], après avoir montré que le lien social est en crise, ajoute que les populations tentent de le réactiver. Il dit :

 

« Le triomphe de l’économie marchande capitaliste comme conséquence de l’explosion du système communautaire, la quasi disparition du troc, la destruction du lien social, ont profondément affecté l’organisation des sociétés africaines. Pour faire face à ces données, les populations vont réactiver le modèle communautaire sur lequel elles reposaient ».

 

Alors, les populations font d’énormes efforts pour redynamiser ce lien. D’où ce qui est communément appelé la recomposition et la consolidation des liens sociaux. Donc d’après MEDA, THIAM, PEEEMANS et FINZI, les populations sont entrain d’essayer tant soi peu de recomposer et de réactualiser les liens sociaux. Il s’agira pour nous alors de voir comment se fait cette recomposition et cette consolidation.

 

            Comme nous venons de le remarquer, les théories qui ont traité du lien social n’ont mis l’accent que sur les fondements. Tandis que certains chercheurs n’ont parlé que de la nature de celui-ci. D’autres de la crise, et enfin les derniers ont étudié la mouvance qui se trouve être la tentative de retrouver le dynamisme de ce lien malgré la crise.

 

            Malgré tout ils n’ont pas mis l’accent sur le comment se fait cette tentative de recomposition et de consolidation. Ainsi, vu les données que nous avons pu obtenir, il n’y a eu aucune étude qui a été menée dans ce sens. Notre étude se propose alors d’essayer de combler ce vide en cherchant à savoir quelles sont les stratégies utilisées et mises en place par les populations pour recomposer et consolider les liens sociaux surtout en milieu rural comme celui de Coubanao.

 

 



[1] AKOUN, A, 1999, Lien social, in le Robert, Dictionnaire de sociologie, Paris, seuil, p.307

[2] MEDA, D, 1996, Le déclin du travail, in revue sciences humaines n.13, Auxerre 18

[3] THIAM, M, 2002, Autogestion paysanne et problématique de la refondation du lien social : le cas de l’Union des Jeunes Agriculteurs de Koyli wirndé (UJAK) à Podor, mémoire de maîtrise, UGB Saint-Louis, 100p.

[4] MAPPA, S, 1999, Le lien social du Nord au Sud, sous la direction, ed. Khartala, 380p

[5] FAYE, O, 2005, Décentralisation et recomposition du lien social : la négociation sociale autour de l’accès à la terre et à l’eau dans la zone de Yetti Yone (communauté rurale de Ross-Bethio), mémoire de maîtrise, UGB Saint-Louis,

[6] SAMBA, P, C, 2003, Dynamique associative de développement à la base et recomposition du lien social en milieu urbain : le cas des groupements d’intérêts économiques de femmes de Grand Yoff partenaires de ENDA / GRAF Sahel Dakar, mémoire de maîtrise, UGB Saint-Louis, 142p

[7] CUNHA, A, Lien social et politique du territoire, w.w.w.ch/ igul/ infoetud/ enseignement/ enseignement/ lien_social.htm

[8] WEINBERG, A, 1996, Le lien social en crise ?, in sciences humaines n.13, Mai-juin

[9] Voir note 2

[10] PEEMANS, J, P, 1997, Crise de la modernisation et pratiques populaires au Zaïre et en Afrique, Paris / Montréal, l’Harmattan / l’Harmattan, p.203

[11] FINZI, M, 1982, Les associations en ville africaine Dakar Brazzaville, Paris, L’harmattan in Fall (1996)

Par Lycée de Coubanao.over-blog.com - Communauté : Recomposition et Consolidation des liens sociaux en milieu rural
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