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Le blog du Lycée de Coubanao

Contribution : NON, il ne faut jamais bruler le kankourang !

30 Mai 2011 , Rédigé par Lycée de Coubanao.over-blog.com

Lycée de Coubanao

 

NON, il ne faut jamais brûler le kankourang !

L’article de Monsieur Malamine Tamba intitulé : « Faut-il brûler le kankourang pour asseoir la paix sociale au sein des communautés ? » a le mérite de poser le seul et véritable débat intellectuel qui vaille.

D’emblée nous tenons à affirmer haut et fort que Monsieur Tamba, tout au long de son argumentaire, s’est efforcé de nous livrer sa compréhension des fâcheux événements survenus à Coubanao qui, malgré tout reste un village paisible.

Cependant, nous avons la ferme conviction que même s’il est originaire de ce village ou de la zone des Kalounayes, il n’a quand même pas reçu la bonne information relative aux faits qui ont entrainé notre départ de ce beau village.

Le lycée de Coubanao compte une cinquantaine de professeurs dont la grande majorité réside dans le village depuis des années. La sortie du Fambondi dans ce village ne se fait pas seulement qu’en période de circoncision. C’est un peu méconnaître la fonction et le rôle social du Fambondi en milieu traditionnel mandingue et diola. Donc à maintes occasions et depuis des années, le Fambondi sort à Coubanao sans heurts avec les professeurs, même pas avec ceux qu’on accuse à tort d’être irrespectueux de cet élément de valeur et respectable. Il est bon de rappeler ou de dire à titre informatif que la plupart des professeurs du Lycée de Coubanao sont natifs de la Région naturelle de la Casamance et donc que le Fambondi et le kankourang ne leur sont pas étrangers. Aucun d’entre ces professeurs, à aucun moment n’ose profaner ou se rendre coupable d’un quelconque acte de défiance ou de provocation à l’égard des valeurs traditionnelles qui sont en définitive les leurs.

M. TAMBA n’a pas eu la bonne information lorsqu’il dit que  « le kankourang entre dans la maison d’un enseignant du CEM de Coubanao tapant la porte de sa maison ». Et le bon sens ne saurait accepter que pour un motif aussi léger, les professeurs de coubanao qui ont l’habitude de dispenser des cours de rattrapage, même les Mercredi et Samedi après midi, qui n’organisent les devoirs pratiquement que les Mercredi et Samedi après midi donc en dehors des heures de cours normales, soient allés en grève. Nous comprenons que c’est à dessein que de telles contre vérités lui ont été rapportées pour justifier l’injustifiable. Les fissures et marques de coupe-coupe sur la fenêtre de notre collègue ont été vues et constatées par des notables de Coubanao dont le chef du village lui-même.

Fait gravissime, le collègue a reçu des informations faisant état de la préparation d’une telle expédition punitive à son encontre et a même pris le soin d’en informer qui de droit. Donc vouloir assimiler cette vendetta à une simple routine, est manifestement - nous osons le croire - dû à un déficit d’informations.

Des jeunes du village ont décidé dans la forêt, d’une expédition punitive collective à partir du Mardi 26 Avril, date prévue pour la reprise. Ils ont, après avoir maudit quiconque parmi eux raconterait aux vieux la décision prise en brousse, décidé de nous empêcher de faire cours durant tout le reste de la semaine (du Mardi 26 au Samedi 30 Avril 2011) parce que disent-ils nous avons osé aller en grève contre leur Fambondi. Là aussi, la vérité a été falsifiée parce que nous avons abandonné les classes certes pour protester contre cette façon de régler les contentieux - si contentieux il y avait -  mais aussi et surtout pour éviter des heurts inutiles avec ces jeunes qui ont proclamé partout que le village est le leur et que  « nous ne saurions y dicter notre loi » (sic).

La sortie des enfants du bois sacré étant prévue pour le Samedi 23 Avril 2011, il nous a semblé plus sage de rester à la maison pour justement éviter ces genres de problèmes, convaincus que nous étions que ces jeunes voulaient vaille que vaille en découdre avec nous car on leur aurait dit que notre collègue aurait soutenu qu’il ne fuirait pas le Fambondi.

Etait-ce la bonne (même pas la meilleure) façon de régler cette affaire même si ce qu’on reprochait à notre collègue était vrai ?

Pourquoi est-ce que ces jeunes ne se sont-ils pas adressés aux sages du village, au chef du village, au Proviseur du lycée, au Censeur des études, à l’honorable Lamine Kebba SONKO, au Président de l’association des parents d’élèves, à certains collègues très proches de ces jeunes, etc., pour qu’ils raisonnent ce collègue si tant est que c’est lui qui a tenu ces propos ?

Autre fait gravissime, c’est lorsque M.TAMBA affirme selon ses sources que, c’est lorsque le kankourang poursuivait des jeunes dans une maison que le collègue professeur au CETF de Coubanao a été trouvé comme par hasard, et ce dernier a été pris de frayeur parce qu’entouré d’un kankourang accompagné d’un groupe de jeunes. Nous avons définitivement eu la certitude que sa source a dénaturé la vérité de façon révoltante.

Là aussi pour son information, ce n’était pas un kankourang accompagné de jeunes mais plutôt deux Fambondi qui ont défoncé la porte de derrière, sont entrés dans la chambre du collègue et l’en ont fait sortir pour le traîner par terre sous le chaud soleil avec des coups de pieds. S’il n’a pas été tabassé, qu’on nous dise alors comment a-t-il été blessé par coupe-coupe au poignet et au genou ?

Comment peut-on penser un seul instant à des actes d’indiscipline de la part de ces professeurs alors qu’ils ont les meilleurs rapports possibles avec la quasi-totalité des notables du village ?

Comment est ce que M. TAMBA peut-il parler du droit des enfants à l’éducation qui serait bafoué par la mesure administrative de fermer les écoles du village alors que ses « frères » ont proclamé que nous ne ferions pas cours pendant une semaine pour avoir osé protester contre ce qui est arrivé à  notre collègue ?

L’Etat avait-il d’autres choix que de préserver l’intégrité physique de ses agents en les faisant partir de Coubanao où des jeunes surexcités ont pénétré dans l’enceinte du lycée pour s’attaquer physiquement aux professeurs qui n’ont eu leur salut que grâce à la porte fermée de la salle informatique où ils étaient ? Ce qui n’a pas malheureusement empêché d’entendre des insanités et autres injures de mère que de mémoire d’homme, nous n’avons jamais entendues auparavant.

Les professeurs du lycée de Coubanao ont été très bien formés. Ils savent que la formation et le développement intellectuel des élèves dont ils ont la charge, ne peuvent se réaliser que dans une parfaite et intelligente synergie avec l’acceptation et le renforcement des valeurs culturelles du milieu où ils exercent leur fonction.

Si tout ceci n’était que des actes anodins et récurrents, qu’on nous explique pourquoi simultanément y avait t-il un Kankourang avec des jeunes garçons armés de bâtons et qui faisaient le tour des domiciles des professeurs dans tout Coubanao pour proférer des menaces et des insanités que la pudeur nous interdit de répéter ici ?

Si tout ceci n’était pas ourdi, minutieusement préparé et muri avant d’être exécuté, pourquoi ces jeunes s’étaient t-ils farouchement opposés à l’appel au calme de leurs propres parents qui en même temps nous demandaient à travers les micros de la grande mosquée, de regagner les classes alors même qu’il y avait des Fambondi dans l’enceinte et aux abords du lycée pour nous y interdire l’accès ?

Où se trouve la défiance des pratiques culturelles dans tout ceci alors même que des collègues fréquentaient le bois sacré où étaient les jeunes circoncis ?

Au-delà du fait que celui qu’on a accusé à tort d’être irrespectueux du kankourang est un natif de Sédhiou où on n’apprend à personne ce qu’est un kankourang ou un Fambondi, pourquoi ces jeunes se sont-ils pris à tous les professeurs du lycée de Coubanao qui, ironie du sort, ont accepté de se rendre coupables d’actes de traîtrise en donnant à l’administration les notes des élèves comme souhaité et fortement demandé par les honorables notables du village, alors qu’ils devraient respecter comme partout ailleurs, le mot d’ordre de rétention des notes lancé par leur syndicat ?

Nous rappelons, concernant ces notes, que six (06) élèves du lycée de Coubanao, après un entretien à l'ambassade de France à Dakar, ont vu leur dossier accepté pour une pré-inscription dans les universités de ce pays. Sans les notes, ces élèves voyaient déjà leur avenir assombri. Nous ne pouvions pas porter ce lourd fardeau.

Ce qui ne nous fait pas douter de la bonne foi de M.TAMBA, c'est sa reconnaissance de la banalisation dont le fambondi fait l’objet aujourd’hui dans cette localité. Ces jeunes qui nous vouent aux gémonies aujourd’hui sont toujours les seuls à faire la gymnastique à chaque fois que le Fambondi sort.

C’est pourquoi nous leur lançons un appel pressant pour qu’ils sachent que nous autres à qui appartient cette tradition, ne sommes pas fiers d’eux et ne comprenons pas qu’eux-mêmes manquant notoirement de respect au Fambondi, veuillent utiliser cet élément culturel essentiel dans la protection et la sécurisation des populations, pour vouloir régler nous ne savons quel compte, en terrifiant d’autres co-propriétaires de ces valeurs dont le seul tort aura été de ne pas être originaires ou natifs de ce milieu.

Que vivement beaucoup d’autres comme Malamine TAMBA, proclament haut et fort qu’il faut trouver d’autres mécanismes de règlement des conflits outre que par l’usage de la violence, des calomnies et des injures. Les Kalounayes ne méritent absolument pas ça et le caractère sacré d’une chose se mesure à l’aune de sa rareté et non de sa banalisation.

Vivement que les FAMBONDI et KANKOURANG restent indemnes pour nous protéger !

   « KOONEE » quand tu nous tiens !

Par Baboucar SAGNA, professeur d’anglais au Lycée de Coubanao.

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kassoumay 30/05/2011 22:03



Merci de cet éclairage Monsieur le Professeur !


Soyons pragmatique :


Ce que, vu de notre europe, nous pensions être un épisode folklorique qui aurait vite tourné en émeute et violences,  n'est en fait qu'un réglement de compte entre des élèves et certains
professeurs.


Si c'est cela c'est navrant pour les hommes de bonne volonté !


Ai-je bien compris ? Merci de me dire !