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Le blog du Lycée de Coubanao

Contribution : La bourde au masque culturel.

25 Août 2011 , Rédigé par Lycée de Coubanao.over-blog.com

Lycée de Coubanao1 (1)     

La bourde au masque culturel

Introduction

            Ce mercredi 27 avril 2011, le village de Coubanao vient de vivre certainement la page la plus  sombre de son histoire : tous les établissements scolaires, de la case des tout-petits au lycée, sont fermés par décision du préfet de Bignona en pleine année scolaire. Une situation aussi grave mérite que l’on s’attarde sur les faits qui ont conduit à un tel chaos pour les analyser et en ressortir les tenants et les aboutissants.

 

Récit des évènements

         Qu’est-ce qui s’est donc passé pour qu’on en arrive à ce triste sort ? Il faut dire que tout a commencé par une apparition du « fambonding » au terrain de sport du lycée le lundi 18 avril aux environs de 17 heures. A la vue de cet être mythique, les élèves du lycée qui s’adonnaient à leurs cours d’éducation physique se mirent à courir dans tous les sens pour s’abriter créant ainsi une perturbation des cours suivis par leurs camarades dans les salles de classe. Dans la zone des Kalounayes, la réaction des élèves est tout à fait normale car, selon la tradition dans ce milieu, lorsque le « fambonding » fait une sortie il faut être dans les chambres avec portes et fenêtres fermées jusqu’à ce que les raisons qui ont occasionné sa sortie s’estompent. Il faut préciser que cet être mythique a une vocation protectrice surtout en période d’initiation ou de circoncision. Il se trouve justement qu’à ce moment précis des enfants du village, dont les plus âgés ont entre 6 et 7ans, sont circoncis et, pour la circonstance, sont gardés en brousse.

       Au lendemain de cet évènement, un professeur de portugais du lycée se présente devant le censeur pour lui rendre compte d’une rumeur l’accusant d’avoir prétendu être prêt à affronter le « fambonding » si toutefois ce dernier s’évertuait à se diriger vers sa loge et lui signifier qu’il n’était nullement l’auteur de ces propos et qu’il s’inquiétait pour sa sécurité. Après cela, il s’installa à la salle des professeurs pour s’occuper autour de son ordinateur portable. De son côté, le censeur interpella le surveillant général du second cycle et le gardien du lycée, tous deux natifs du village, pour les informer de la nouvelle et les prendre à témoin. A 19 heures, ledit professeur quitta le lycée pour se rendre à son domicile et constata, une fois sur les lieux, que le « fambonding » avait fini d’endommager une de ses fenêtres en son absence. Revenant sur ses pas, il retourna au lycée pour faire part au censeur des dommages causés par le « fambonding ». Aussitôt, le proviseur, le censeur, le président de l’association des parents d’élève et des notables du village, rendus sur les lieux, constatèrent le forfait de l’être mythique. Après des échanges quelque peu houleux, les villageois présents sur les lieux firent la promesse au proviseur de faire face  pour mettre fin à des actes de cette nature.

         Le jour suivant, le mercredi 20 avril à 8heures, les enseignants du lycée se concertent dans l’enceinte de l’école pour statuer sur la question. Ils décident alors, en accord avec le proviseur, d’interrompre les cours jusqu’au mardi 26 avril. Les raisons de cette décision sont les suivantes : permettre aux villageois de s’adonner à leurs pratiques culturelles, eux-mêmes ayant prévu de mettre fin à leur cérémonie de circoncision le samedi 23 avril et, instaurer un dialogue entre enseignants et villageois afin de trouver une issue heureuse à ce problème. Dans  la soirée, le « fambonding » fait une sortie au moment où le tam-tam bât son plein dans un quartier de Coubanao. A aucun moment, ces natifs du village qui faisaient la fête n’ont été perturbés par l’être mythique. Le lendemain, jeudi 21 avril, la rencontre entre enseignants et villageois est tenue et la promesse de ne plus vivre ces situations dérangeantes est faite. Le samedi 23 avril, comme prévu par la population, une partie des circoncis quitte la brousse pour rejoindre chacun son domicile et les manifestations, qui siéent en pareil moment, sont organisées. Par contre, un quartier du village décide de reporter cet évènement au samedi suivant. Le dimanche 24 avril, les villageois reçoivent le célèbre chanteur gambien Djaliba Kouyaté pour un show dans la cour du lycée. Quelques enseignants, restés au village, partagent pleinement ces moments de bonheur avec les populations des Kalounayes venues massivement assister à la fête.

              La veille de la reprise des cours, le lundi 25 avril, aux environs de 23heures, l’être mythique, une nouvelle fois encore, s’illustre par ses allers- et- retours dans le village et ceci, toute la nuit durant. Le matin bien avant 8heures, des élèves se dirigent vers le lycée pour assister aux cours mais ils sont obligés de rebrousser chemin car, trois représentants de l’être mythique sont restés dans l’enceinte du lycée, décidés à ne pas quitter les lieux. Aux alentours de 9heures, ces derniers se séparent pour parcourir les différentes allées du village. Par moments, on les entend pousser le cri distinctif qu’on leur connait ou faire du bruit avec les coupe-coupe dont ils sont munis. Pendant ce temps, tout le monde reste barricadé chez lui comme à l’accoutumé en pareille situation. Ce qui a pour conséquence la non reprise des cours ce mardi 26 avril et, à n’en pas douter, la difficulté de trouver de quoi manger. Vers 17heures, un autre être mythique nommé « Kankourang » fait son apparition accompagné de jeunes initiés parmi lesquels se trouvent des élèves. Entre autres rôles, celui-ci réglemente la possibilité ou non d’accéder aux fruits produits dans le village tels que les mangues, les oranges et les citrons. Contrairement au « famboding », sa sortie ne nécessite pas un repli hermétique dans les chambres, seulement à sa vue, on doit s’abriter et lui céder le passage faute de quoi une correction venant de sa part ou de ses accompagnants peut vous être infligée. C’est dans cette ambiance, au cours de cette journée, que vont se produire les incidents majeurs qui ont conduit à la situation chaotique que connait aujourd’hui Coubanao. Un élève du lycée natif du village interpelle des jeunes camarades pour leur demander quelle était la nécessité de faire sortir le « kankourang ». Ce qui avait pour effet de les déplaire. Ayant pris conscience du danger qui planait sur cet élève, un professeur de mathématiques du centre d’enseignement technique féminin(CETF), qui se trouve être son tuteur, se rendit en  brousse pour demander pardon aux initiés du village, jeunes et vieux, qui s’y trouvaient. Après cela, il retourna chez lui. Il fut alors surpris, quelques instants après, aux environs de 15heures, de voir deux représentants du « fambonding » surgir cherchant à ouvrir la porte en fer d’un bâtiment à côté du sien où s’étaient enfermés cinq professeurs du CETF dont une dame. N’étant pas parvenus après de multiples essais, ils contournèrent le bâtiment pour défoncer une porte en zinc qui se trouvait au côté opposé. Arrivés à l’intérieur, ils tentèrent, au point même de casser le mur, d’ouvrir la porte d’une chambre où se trouvaient trois professeurs. Sachant qu’ils étaient déterminés à en découdre avec eux, ces derniers sautèrent par la fenêtre. C’est alors qu’en se lançant à leur poursuite, ils prirent un d’entre eux qu’ils trainèrent à même le sol jusqu’à la rue jouxtant la maison. Couché à plat ventre sous le chaud soleil, ils se mirent à lui marcher dessus de tout leur poids. Ledit professeur de mathématiques du CETF, qui avait eu le temps de voir ce qui se passait à travers le trou de la serrure de la porte principale de son local, prit le risque de sortir pour venir au secours de son collègue. Manding de son état et en fin connaisseur de la tradition, il se mit à ramper en prononçant les mots adéquats en pareille circonstance. A la longue, ils le relâchèrent et son sauveur constata qu’ils l’avaient blessé au bras et à la jambe. Voyant qu’il était traumatisé par la situation qu’il venait de vivre, celui-ci essaya de le calmer. C’est plus tard, quand il eut retrouvé ses esprits, que le blessé appela son ministre de tutelle, celui de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, pour lui faire le récit des évènements, aidé en cela par son collègue sauveur.  Dans la même journée du mardi 26 avril, c’est un autre professeur de couture du CETF qui reçut les coups de coupe-coupe du « kankourang » dans une boutique où il avait trouvé refuge.

          A l’aube du mercredi 27 avril,  des appels du chef de village sont adressés aux enseignants par le biais du haut-parleur de la grande mosquée. Il leur est demandé de se rendre dans leur établissement respectif pour faire cours. Une fois sur les lieux, ils sont contraints d’y rester car les deux êtres mythiques ont alternativement décidé de marquer leur présence partout dans le village. Aux environs de 9heures, le « kankourang » et ses accompagnants s’infiltrent dans le lycée. N’eut été leur vigilance et leur promptitude à s’enfermer dans la salle informatique, les professeurs trouvés sur les lieux auraient eu droit à une bastonnade de haute facture. Ayant par devers eux des bâtons comme d’habitude, les accompagnants du « kankourang » proférèrent des insanités à leur égard tout en disant : « Vous engrossez nos filles ! Vous ne respectez pas notre culture ! Quittez notre village ! ». C’est alors que le gardien du lycée, un vieux sage très connu pour le rôle qu’il joue dans les pratiques traditionnelles, s’interposa pour leur intimer l’ordre de ne toucher à aucun enseignant. Ainsi, ils replièrent quelques minutes après. Une heure après cet incident, le commandant de la brigade de gendarmerie de Bignona arriva avec ses quelques éléments pour assurer la sécurité. Se sentant protégés, les enseignants sortirent de leur cachette pour s’installer dans la cour de l’école. Peu de temps après, c’est le président de la communauté rurale de Coubalan qui se présenta au lycée pour avoir plus amples informations. Le censeur et le surveillant général du second cycle lui firent étalage des évènements. Après avoir pris note, il décida de se rendre auprès des initiés du village, regroupés en brousse à ce moment, pour leur parler. Le proviseur, qui était en communication avec les autorités administratives, vint annoncer que le préfet avait pris la décision de fermer tous les établissements scolaires de Coubanao et qu’il tenait à ce que les enseignants quittent le village. Pour ce faire, il envoya des véhicules accompagnés d’une troupe de militaires venus pour renforcer la sécurité. Un à un, les enseignants acheminèrent leurs bagages, avec l’aide des militaires et des gendarmes, devant la porte du lycée où les attendaient les véhicules devant les transporter. C’est au moment de prendre départ, vers les coups de 16 heures, que le président de la communauté rurale, accompagné d’un honorable enseignant à la retraite éminemment connu pour le travail qu’il a abattu au sein de la localité, vint pour annoncer qu’il avait pris langue avec les populations et qu’il jugeait non nécessaire de partir car, pour lui, le problème était résolu. Seulement, une décision a été prise, il fallait partir. Au moment de quitter, les deux êtres mythiques avait fini de se faire remarquer et les quelques personnes qui étaient sorties, majoritairement composées de femmes, avaient la mine triste, certainement affectées par ce qui se passait sous leurs yeux. Sous escorte des gendarmes et des militaires, les enseignants quittèrent Coubanao à bord de 6 cars de   transport pour se rendre, certains à Ziguinchor, les autres à Bignona.

            Voilà, pour l’essentiel, les faits qui ont valu cette situation regrettable. Il faut dire que c’est un devoir de mémoire pour tous ceux qui ont eu à la vivre de près ou de loin. Il s’agit maintenant de chercher à comprendre ce qui s’est passé pour en tirer les leçons essentielles pour l’avenir de la zone des Kalounayes.

 

Analyse et commentaires

           Il est clair que les enseignants ont quitté Coubanao par décision des autorités administratives. On pourrait alors se demander si cela était une sage décision. Au regard des évènements, on est tenté de répondre par l’affirmative. En effet, l’irréparable aurait pu se produire dans la cour du lycée si toutefois les accompagnants du « kankourang » avaient pu se saisir des enseignants qu’ils ont trouvés sur les lieux. Sans aucun doute, on peut bien penser au pire pour une foule en furie. Qu’est-ce qui aurait pu se passer si les enseignants étaient restés un peu plus dans le village ? La colère était manifeste chez ces jeunes qui en voulaient à mort aux enseignants qu’ils accusent de ne pas respecter leur culture et de tourner autour des filles du village. Il est vrai que des cas de grossesses causées par des enseignants sont réels. Sur les 6 cas notés, 2 parmi ces enseignants ont marié, à 2 autres qui ont demandé à prendre femme on le leur a refusé et les 2 restants du groupe prennent en charge chacun, en ce qui le concerne, son enfant. Il existe par ailleurs 3 enseignants qui n’ont pas engrossé avant de se marier avec des filles de la localité dans le respect des us et coutumes. En y regardant de plus près, on peut dire que le point focal de l’ire des jeunes est l’intérêt porté par certains enseignants sur des filles de la localité. Ce qui est tout à fait naturel que des jeunes enseignants manifestent le désir d’entretenir des relations amoureuses avec des filles d’une localité quel qu’elle soit et que des autochtones éprouvent un sentiment de jalousie envers eux. Il revient à tout un chacun de se comporter en conséquence pour parer à tout heurt. Tant il est vrai qu’il n’est pas aisé de voir une sœur être mise enceinte avant mariage, est-ce une raison valable pour compromettre l’avenir de toute une jeunesse ? Même s’il est vrai que lorsqu’un problème se pose, on doit aller dans le sens de lui trouver solution, était-ce de cette manière qu’on devrait aborder celui-ci ? N’était-il pas plus sage de laisser les familles concernées y faire face, d’autant plus qu’il existe des voies légales et autorisées pour prendre en charge des cas de cette nature ? D’autre part, ces jeunes auraient pu porter leur regard sur leurs frères enseignants officiant dans les autres localités du Sénégal. N’ont-ils pas eu eux aussi à mettre enceinte des filles là où ils exercent ? Est-ce pour autant qu’on s’est acharné sur eux ? Sur une centaine d’enseignants exerçant dans le village, les statistiques de cas de grossesses montrent bien que la situation n’est pas aussi alarmante pour qu’on puisse s’en prendre de cette manière aux enseignants. Et pourtant, des cas de grossesses, commis par des jeunes du village, sont notés chaque année. Est-ce parce qu’ils sont du village qu’ils peuvent tout se permettre ? Et encore, comment exiger de quelqu’un qu’il se lave alors qu’on n’est pas propre ?

         En ce qui concerne la prétendue non respect de leur culture par les enseignants, il serait intéressant d’entendre de la bouche de ces jeunes les actes posés par ceux-là justifiant une telle critique. Car s’il s’agit de la rumeur accusant ce professeur de portugais d’avoir prétendu vouloir défier le « Fambonding », on est tenté de dire qu’elle a été créée de toute pièce pour se donner les raisons de s’en prendre à lui à l’image du fameux dicton : « Qui veut noyer son chien l’accuse de rage. » Sinon, comment pourrait-on justifier la présence du « Fambonding » à son domicile et les dégâts qu’il y a causés alors qu’il n’y avait personne et que les portes et les fenêtres y étaient fermées ? Et même s’il s’avérait être l’auteur de ces propos, il était quand même possible de l’amener à de meilleurs sentiments. De plus, comment pourrait-on comprendre les incidents survenus chez ce professeur de mathématiques du CTEF qui, en homme de paix, est allé demander pardon alors qu’il n’était pas tenu de le faire du fait que c’est un fils du village qui a tenu des propos désobligeants aux yeux de ses camardes ? Ce qui laisse penser que les incidents qui ont été vécus à Coubanao ont été orchestrés par un groupe de jeunes aveuglés par la jalousie. Et on ne peut s’empêcher de soupçonner qu’ils ont été appuyés en cela par des personnes âgées car des pratiques relevant de la tradition ne peuvent être faites sans leur accord. C’est la raison pour laquelle il importe aux sages du village de remettre de l’ordre pour la sauvegarde de ces valeurs traditionnelles qui ont été travesties par des jeunes égarés en quête de repères. Si l’on y prend garde, ces deux êtres mythiques, en l’occurrence le « Fambonding » et le « Kankourang », risquent de disparaitre du fait qu’on leur fait jouer des rôles qui ne sont pas les leurs. Il apparait que ces symboles, phares de la culture du milieu, ont été instrumentalisés par des jeunes qui, frappés par l’oisiveté, ont eu le temps nécessaire pour épiloguer sur des relations amoureuses entretenues par un groupe d’enseignants avec des filles du village. D’épilogues en épilogues, ils ont été gagnés par la jalousie qui les poussa à commettre une grosse bêtise (bourde) : s’attaquer physiquement aux enseignants et exiger leur départ. Et pourtant ces vaillants enseignants, qui se donnent la peine d’organiser des cours de rattrapage ou des devoirs en dehors de leurs emplois de temps, ont ravivé la culture du milieu en organisant chaque année des séances de lutte à l’occasion des manifestations culturelles et sportives du FSE (Foyer Socio-éducatif). Ce qui a valu qu’aujourd’hui les villageois organisent leur propre tournoi de lutte traditionnelle pour les jeunes des Kalounayes. Et on comprend aisément que les enseignants se soient donnés à cœur joie pour assister aux séances de lutte de ce tournoi. En définitive, contrairement aux accusations portées sur eux, les enseignants, loin de se contenter de s’adapter à la culture du milieu, ont vivement participé à son éclosion.

        Pourtant il était possible d’éviter de vivre cette lamentable situation car des signes avant-coureurs étaient manifestes. En effet, il y a sept ans de cela, les enseignants exerçant dans le village avaient observé une journée de grève pour protester contre des attaques du « Fambonding » portées sur certains de leurs collègues. A l’époque, une des victimes de cette agression, un professeur d’histoire et de géographie est resté traumatisé par cette situation. Il avait eu la malchance de se retrouver nez à nez avec le « Fambonding » à travers la fenêtre de sa chambre. Cette mésaventure était due à un jeu de cache-cache auquel se livraient des jeunes du village avec le « Fambonding ».  Pris au piège, ils se sont réfugiés chez ce dit professeur et il s’ensuivit l’intrusion de l’être mythique qui était à leur poursuite. Un  professeur de mathématiques avait même subi les coups du « Fambonding ». Pour faire face à cette situation, les enseignants avaient entrepris une discussion avec les notables et le chef du village. A l’issu de cet entretient, il a été retenu que les enseignant ne subiront plus des attaques de cette nature dans l’avenir. Si aujourd’hui le problème resurgi avec une telle ampleur, cela signifie qu’il n’a pas été traité avec tout le sérieux nécessaire ou  autrement il y a une crise d’autorité dans le village. L’appel du chef de village invitant les enseignants à faire cours et l’opposition ferme du gardien du lycée à l’égard des accompagnants du « Kankourang », lors des récents évènements, témoignent d’un désaccord total entre les sages et les jeunes du village. Ce qui fait penser que la thèse d’une crise d’autorité soit plus plausible. Ce qui conforte cette hypothèse c’est la mésentente notée au niveau des quartiers pour la sortie des circoncis. Il y a donc nécessité à remettre de l’ordre en engageant des discussions franches entre les différentes composantes du village. Et c’est à ce titre que les dirigeants du KDES (Kalounayes Développement Economique et Social, une ONG de la place) sont interpelés. Au lieu de se tourner les pouls en se contentant des privilèges que leur offre leur statut, ils devraient s’atteler à imaginer des stratégies pour mettre en branle le développement économique, social et culturel de la zone des Kaounayes. Et cela devrait commencer par élaguer toutes les pesanteurs sociales et culturelles qui freinent un tel élan. Il n’y a donc  pas de raison qu’ils aient brillé par leur absence pendant les différentes crises que le village a connues. Ils ont un rôle d’éveil de conscience pour répondre à la nature de l’organisation qu’ils dirigent. Ils doivent alors s’armer de courage et prendre leur responsabilité pour créer un cadre de concertation favorisant la résolution des problèmes sociaux et culturels qui gangrènent le village et ses environs d’autant plus qu’ils disposent aujourd’hui de moyens, à l’instar de la radio communautaire, pour le faire. Et à propos justement de ces moyens, fruits de la coopération, les établissements scolaires ont joué un rôle de la plus haute importance pour leur obtention. C’est la raison pour laquelle, il y a du mal à comprendre leur léthargie face à la situation de crise que l’école a connue dans le village. En tout cas, ils ont intérêt à ce que les établissements scolaires ne disparaissent pas du village car, au cas contraire, c’est leur organisation qui serait menacée. Cela dit, face à la situation de crise, l’école a œuvré dans le sens d’un apaisement en invitant les populations au dialogue. Seulement la volonté des populations pour une issue heureuse était inexistante car ils n’ont pas tenu à leurs promesses ou, plutôt, ils ont été surpassés par les évènements.

          Au lendemain de ces évènements déplorables, il est heureux que les enseignants décident de revenir à Coubanao pour reprendre les cours et terminer l’année scolaire après un mois d’absence. Il faut reconnaître en eux l’esprit de dépassement dont ils ont fait montre en mettant de côté leur amour propre pour faire valoir ce noble métier qui est leur raison d’être aujourd’hui dans ce village, celui d’enseigner. Un enseignant est nécessairement un modèle pour la société et, à ce titre, tous les regards sont portés sur lui. Alors il doit en prendre conscience et se comporter en conséquence.

           Au sortir de cette crise, il est important que les populations de Coubanao  sachent qu’en leur sein y vivent des hôtes qui ne partagent pas la même culture qu’elles. Il se pourrait même que certains parmi eux n’aient jamais eu l’occasion d’entendre  parler de « Fambonding » auparavant. C’est la raison pour laquelle cette différence devrait les inciter à être tolérant vis-à-vis d’eux au lieu de les astreindre à se plier aux us et coutumes du village au même titre que les natifs. Il serait bien qu’elles s’inspirent des idées d’enracinement et d’ouverture prônées par le feu président poète Léopold Sédar Senghor. Il est vrai qu’elles vivent pleinement leur culture et tiennent à le manifester. En soi, cela est une bonne chose car, la culture, définie comme étant la somme de connaissances propres à élever l’individu moralement et intellectuellement, est un facteur d’équilibre. Cependant, Coubanao n’est pas isolé du monde ; il existe ne serait-ce qu’au Sénégal des sérères, des toucouleurs, des mandings, des sarakolés, des lébous et la liste est longue s’il faut parcourir l’Afrique et les autres continents : c’est le cas de le dire, chaque peuple a sa culture. Alors, à travers ces hôtes,  l’occasion leur est offerte de puiser dans les autres cultures pour enrichir la leur et faire partie du monde du donner et du recevoir, autrement dit, entrer dans la civilisation de l’universel. A l’heure de l’internet, c’est une erreur, pour un peuple, de penser vivre en ignorant les autres car, le monde est, aujourd’hui, un village planétaire. Donc, un dialogue sincère et permanent doit s’instaurer entre enseignants, villageois et tout autre hôte vivant à Coubanao pour favoriser cet échange, source de richesse et d’une vie communautaire paisible. Le KDES est donc invité, à travers ses dirigeants, à jouer le rôle de facilitateur pour promouvoir cet échange. Il est important aussi que les populations comprennent que si leurs pratiques culturelles sont sources de problèmes, il ya lieu de les reconsidérer. Ce qui serait tout à fait logique car le monde évolue et, pour être en connivence cet état de fait, il est essentiel d’en tenir compte. En somme, il faut encourager cette dynamique des populations  de la zone des Kalounayes à vivre en harmonie avec leur culture en les invitant à s’ouvrir aux gens venus d’autres milieux. Cela leur serait profitable à un développement économique, social et culturel.

 

 Jean DIOUF Professeur de MSP au Lycée de Coubanao

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Anonyme 11/09/2011 19:36



Bonjour à tous


Il est toujours salutaire de faire le point après des événements qui en valent la peine! Car il y a de ceux là, certains qui, à cause de leur impact dans la société,  choquent la
conscience, heurtent la sensibilité, et bouleverse notre vision du monde. Devant de tels événements, l'homme surtout l'intelectuel est toujours interpellé. Il doit agir. Or la parole, verbe
et chair, est toujours action qui précède l'action et la guide. C'est pourquoi, on ne peut que saluer M.Jean Diouf qui met en lumière ici les faits qui ont conduit aux événements dramatiques
de Coubanao:( fermeture des écoles, départ des professeurs). Il faut dire que comme l'a soulignée M.Diouf, il y a eu autant de signes avant-coureurs qui devraient alerter les autorités
administratives et les  responsables du village. Certes, dans l'ensemble agent administratifs, enseignants, en particulier et communauté villageoise ont toujours vécu dans l'harmonie et
le respect mutuel. Certes, il faut reconnaitre qu'il se produisait souvent des heurts entre tradion et administration: suspension des cours, l'introduction du famboding dans l'enceinte de
l'école en pleine conférence, comme celle que M.Jean Diouf animait et moi même( 2006-2007), occasionnant de ce fait la fin de la conférence dans le désordre total). Ainsi, même si la
jalousie de certains élèves semblent expliquer leur comportement, c'est une jalousie qui a pris le masque de la tradition pour commettre de tels actes. Ce qui veut dire que la tradition
a été instrumentalisée et utilisée à des fins qui ne sont pas les siennes. Mais il faut se demander comment une tradition aussi sacrée que le famboding, et le kankourang, peuvent en arriver
à être pris comme instruments ou armes par des jeunes de surcoît qui les manupulent à leur guise?  S'étaient-ils déjà désacralisés et démystifiés eux-même par leur sorties intempestives en
pleine année scolaire et au sein même du lycée où ils jouaient au cache-cache avec les élèves? Si on sait que le rôle du famboding est de protéger contre le mal, était-ce un vrai fambonding
ou un vrai Kankourang qui commettait ces violences contre des enseignants? Cela dit, il est bien de dire les faits tels qu'ils se sont passés, mais est-il nécessaire aussi d'essayer de
s'interroger encore en profondeur pour saisir ce qui se cache derrière les choses! Aussi a-ton situer les niveaux de responsabilités des uns et des autres? Sans quoi on serait engagé dans une
sorte de fuite en avant! Il est impératif que l'ensemble des composantes du village qui est aussi nôtre, se retrouve pour répondre à ces questions!  Un simple retour des professeurs après
les événements et leur mutation ne sauraient suffir pour régler le problème de fond! Car les hommes s'en vont mais les institutions demeurent, qu'elles soient administratives ou traditionnelles.
Coubanao regorge de potentialités intellectuelles immenses qui se cristallisent autour du patriache  Lamine kebba Sonko! Celui-ci, sans doute avec ses compagnons de routes, ont consenti
d'enormes sacrifices pour faire de coubanao ce qu'il est aujourdhui, un village moderne et très en avance sur ses voisins! Donc on peut espérer que la concertation, le dialogue, le sens de
la responsabilité primeront sur la passion pour restaurer l'harmonie et la paix entre  communauté locale et communauté administrative.



Lycée de Coubanao.over-blog.com 18/09/2011 12:49



Merci beaucoup pour votre commentaire



Mr Diouf 27/08/2011 01:41



Merci, monsieur Badji pour le commmentaire et surtout pour les recommendation que vous avez faites



BADJI 26/08/2011 00:24



Bonsoir M. DIOUF et M. SAGNA (Censeur)


Merci pour votre article qui nous a permis de mieux comprendre la source des évênement d'avril dernier. C'est un devoir de mémoire pour ceux qui ne comprennent pas de comment nous en
sommes arrivés là? Je pense pour ma part, et sauf erreur d'appréciation, que le Kalounaye dans son ensemble, et le village de  Koubanao en particulier doit savoir se remettre en
question pour en tirer des conclusions. Certes, chaque peuple a ses coutumes , ses traditions et ses libertés qui commencent où s'arrêtent celles des autres.


Ce Lycée nous appartient à tous et à personne. Nous avons le devoirs de protecteur des fonctionnaires affectés dans cet établissement qu'ils soient du villages, des kalounayes, de la
casamnce ou du Sénégal. J'ose imaginer le départ massif des professeurs, mais imaginons si tel cas se produit? Croyez vous qu'on aura aussi facilement le remplacement de ces professeurs
et administratifs sans préjudice socio -économique?


Moi je ne crois pas. Je lance un appel aux cadres de Koubanao de se saisir de la situation pour épauler les populations et en tirer les conclusions qui s'imposent. Car il y a
là risque  de délocalisation de notre Lycée. Si les populations ne se remettent pas en cause, c'est l'état qui prendra ses responsabilités pour protecteur pour ses
fonctionnaires et cela risque de porter préjudice à nos enfants... Merci aux lecteurs